In Vino Veritas
Pour prolonger le plaisir d’associer les deux arts que sont la musique et le vin, voici une sélection des meilleures œuvres à écouter lorsque vous prenez l'apéritif. Il n’y a pas que la musique populaire qui rend hommage à l’ivresse, plusieurs compositeurs s’y noient aussi !
1. Giuseppe Verdi, La Traviata, « Libiamo ne’lieti calici »
« Buvons joyeusement [le vin] de ces coupes » en français. Cet air célèbre est aussi nommé Brindisi (chanson à boire). Il est extrait du premier acte de l’opéra La Traviata de Giuseppe Verdi. La scène se passe à Paris lors d’une réception festive. Sur une valse légère, Alfredo porte un toast à la joie de vivre et invite ses semblables aux libations et à l’amour. Il gagne le cœur de Violetta, l’hôte, puis bientôt de tous les invités qui se joignent à lui en chœur. N’en feriez-vous pas de même ?
Le vin ? Une histoire de famille chez Verdi ! Son père tenait un débit de vins et Giuseppe lui-même possédait ses propres vignes. Son vin favori ? “Chianti, rien d’autre que du Chianti, Chianti !” écrivait sa femme, la grande cantatrice Giuseppina Strepponi à propos des goûts de son mari.
2. Wolfgang Amadeus Mozart, Don Giovanni, L’air dit « du champagne », « Fin ch’han dal vino calda la testa »
« Fin ch’han dal vino calda la testa » se traduit en français par : “Jusqu’à ce que du vin ils aient la tête échauffée”. Tout en préparant la fête à laquelle Don Giovanni a invité les paysans, Leporello, le valet, raconte à son maître comment il prévoit de faire boire les invités… Don Giovanni se réjouit de l’effet que le vin aura sur les jeunes villageoises invitées à la noce, terminant sa célèbre chanson à boire par un rire sardonique.
3. Richard Wagner, Tannhäuser, "Bacchanale"
Cette danse rituelle, tumultueuse et suggestive est exécutée pour les bacchanales, fêtes en l’honneur de Bacchus, durant l’antiquité. En musique, c’est une pièce animée de forme libre. En 1861, Wagner ajoute une bacchanale à son opéra Tannhäuser, à l’occasion de sa représentation parisienne. Ce ballet arrive juste après l’ouverture, la chorégraphie en est alors confiée à Lucien Petipa. La pièce restée célèbre est depuis reprise, seule, avec chorégraphies différentes, d’Isadora Duncan à Maurice Béjart.
Ce que Wagner préférait, lui, c’était le champagne ! Il composa Tristan et Yseult lors d’un séjour, en 1858, à Chandon, où l’on produit le célèbre Moët & Chandon. Wagner, reconnaissant, offre au comte Chandon de Briailles des places pour la première de Tannhaüser à Paris. Échange de bons procédés, le Champenois fait livrer à la loge de Wagner une caisse de sa cuvée «Fleur de Sillery». Le 1er Avril 1861, Wagner dévasté par l’échec de Tannhäuser écrit ainsi au comte : « Je n’aurais jamais pu me consoler de mon chagrin ces dernières semaines, si je ne m’étais rappelé votre amitié. Croyez-moi, ce vin magnifique que vous m’avez envoyé s’est révélé le seul moyen de me rendre goût à la vie et je ne peux que vanter l’effet qu’il a eu sur moi et sur les personnes qui m’entouraient à un moment où il y avait tant de choses que je voulais oublier. »
4. Henry Purcell, "Come let us drink"
La légende raconte que Purcell attrapa froid lors d’une nuit où, rentrant trop ivre, sa femme l’aurait enfermé dehors. Il en mourut à l’âge de trente-six ans. Mythe ou réalité, le compositeur anglais appréciait l’ivresse et composa de nombreuses chansons à boire comme Come let us drink ou I gave her cakes and I gave her ale.
5. Johannes Brahms, Ouverture pour une fête académique
Cette œuvre fut composée en 1880 par Brahms pour remercier l’université de Breslau de l’avoir nommé docteur honoris causa. L’Académie lui demanda une symphonie, Brahms préféra une ouverture mêlant de nombreuses chansons à boire d’étudiants ! Un véritable pied de nez à l’administration qui dut ravir les étudiants de l’Université.
6. Sigmund Romberg, Le Prince étudiant, « Drink, Drink, Drink »
Voici une opérette rarement jouée ! Le Prince étudiant est une œuvre de Sigmund Romberg, composée en 1924. Cette scène se passe dans une taverne. Les étudiants trinquent avec des bocks de bière tandis que le jeune Prince chante une romance adressée à la fille du propriétaire. En 1954, ce fut un immense succès pour le ténor Mario Lanza qui interpréta l’air dans l’adaptation cinématographique de l’œuvre.
7. Jacques Offenbach, La Périchole, « La Griserie »
Cet air est plus celui d’une foule enivrée qu’une chanson à boire. Saoule, la Périchole regarde son amant épouser à contre-cœur une favorite du roi. L’orchestre joue un tempo instable à trois temps et semble suivre les pas titubants des personnages, dont la Périchole qui entonne : « Ah ! quel dîner, je viens de faire ! / Et quel vin extraordinaire ! / J’en ai tant bu… mais tant et tant, / Que je crois bien que maintenant / Je suis un peu grise, un peu grise… / Mais chut ! / Faut pas qu’on le dise ! / Faut pas, faut pas Chut ! … »
8. Carl Orff, Carmina Burana, « In taberna quando sumus »
Carmina Burana est une cantate scénique du compositeur allemand Carl Orff. Le texte est issu de poèmes grivois allemands et latins du Moyen-Âge. Ils évoquent la nature, les plaisirs du vin et de l’amour. Le chœur qui introduit et conclut l’œuvre est l’air le plus célèbre de la pièce, repris depuis au cinéma et dans la publicité. L’air “In taberna quando sumus” se traduit littéralement par « Lorsque nous sommes à la taverne ». Il évoque les jeux d’argent et les libations. Tout homme est égal, selon ce texte, non devant la loi mais dans l’ivresse : le maître, le serviteur, le malade ou le pauvre.
9. Charles Gounod, Faust, « Vin ou bière »
Faust est le quatrième opéra de Charles Gounod. Le livret s’appuie sur le récit du Docteur Faust, vieux savant du Moyen-Âge, il signe un pacte avec le diable, Méphistophélès, qui lui promet une éternelle jeunesse contre son âme. L’opéra, mélodieux, fut un succès : ses airs plaisent à tous les goûts. « Vin ou bière » est un hymne hédoniste qui ouvre l’Acte II. Un chœur composé de soldats, de villageois et d’étudiants entonne cette chanson gaie. En voici les paroles : « Vin ou bière, bière ou vin / Que mon verre soit plein ! / Sans vergogne, coup sur coup / Un ivrogne boit tout ! / Jeune adepte du tonneau / N’en excepte que l’eau ! / Que ta gloire, tes amours / Soient de boire, toujours ! »
10. Camille Saint-Saëns, Samson et Dalila, « Bacchanale »
Les bacchanales sont, à l’origine, de grandes fêtes orgiaques données en l’honneur de Bacchus, pendant l’Antiquité. En musique, ce terme décrit des danses de caractère populaire et de forme libre. Pour son opéra Samson et Dalila, Saint-Saëns compose une bacchanale, une danse exotique et suggestive dominée par les percussions. Elle précède la destruction du temple des philistins par Samson dans l’Acte III. Saint-Saëns, grand admirateur de Wagner, rend ainsi hommage à la Bacchanale du compositeur allemand dans Tannhäuser.
Et pour aller encore plus loin...
Écoutez "Quand la musique se boit" sur France Inter, par Jean-François Zygel
%20(LinkedIn%20Banner)-2.png)

